Les Schemas de pêche aux leurres

Les schémas. On a mis des années à les obtenir. Fruits de nombreuses heures sur ou au bord de l’eau ils sont éprouvés et guident nos sorties autant qu’ils nous rassurent. Pourtant, un beau jour, au crépuscule d’une saison insatisfaisante on s’interroge : qu’ai je fais de travers ?

La pensée du pêcheur

L’analyse pêcheur !

Le plan était parfait. On attaque la saison par du brochet au leurre de réaction dans les zones de transitions et on déroule tout le reste à l’avenant comme dans un blockbuster sans surprise mais généralement sans déception jusqu’à atteindre ce fatidique dernier week-end de janvier. Au moment d’hiverner le bateau, d’huiler les moulinets et de monter des mouches un sentiment vous taraude.  Vous avez poncé consciencieusement chaque point de votre GPS mais nan, rien à faire, cette année vous avez vraiment l’impression que ce n’était pas terrible.

On a bien décalé un peu de poisson, les spots n’étaient pas vraiment éteints, enfin, pas tout le temps… Mais en étant honnête avec sois même, il faut l’admettre : cette année c’était tout juste moyen.

C’est vrai que la pression de pêche a changé ces dernières années. On fait la queue aux mises à l’eau, on partage les herbiers avec parfois plus de 10 bateaux, même ces locaux qui pêchent aux vifs habituellement se sont mis à gratter à la lame. Les herbiers eux-mêmes ont changé, à certains endroits ils ont fondu. Et puis cette canicule, ça n’a pas aidé…

Plus la situation devenait difficile, plus nos habitudes devenaient inopérantes et plus on s’accrochait à des vestiges de parties de pêche passé. Ces fameuses sorties où ça croquait vraiment.

Et si ces ultimes amers qui guident nos sorties difficiles faisaient office de naufrageurs ?

Révolution pêche ou bonne résolution ?

Nous ballotant de déception en satisfactions mesurées, nos certitudes nous ont rapporté quelques poissons, il faut bien l’avouer, et c’est en cela qu’elles sont dangereuses, ancrant pernicieusement dans nos cerveaux que sans elles point de salut.

Je ne recherche pas à vous faire le coup du « faut pêcher différemment les gars » ou du il faut penser « out of the box ». Je serais mal avisé de vous ressortir ces assertions mille fois lu ou entendu. Par ailleurs il ne s’agit pas de pêcher différemment des autres mais de se faire violence pour changer ses habitudes lorsque nos résultats diminuent sensiblement.

Pour lever toute ambiguïté je suis un pêcheur affreusement lambda, en toute conscience et sans fausse modestie et si je me permets de remettre sur la table cette histoire de schéma c’est que ces dernières années je m’y suis complet jusqu’à la caricature.

Mes mauvais résultats, plutôt que de me pousser vers de nouveaux horizons m’ont fait m’accrocher à des vestiges d’herbiers tout autant qu’a des souvenirs de pêches mémorables.

Jolie perche, Merci Maison ferrage !

Il ne s’agit donc pas ici de technique ou de patterns mais seulement de vanter les mérites de la (re)découverte. De se rappeler le temps où, sans a priori et avec un bagage technique des plus sommaires, on abordait chaque situation avec enthousiasme mais surtout avec un œil neuf.

Avec pour résultats, bien sûr de grandes déconvenues, mais aussi des parties de pêche improbables où le sucés n’a tenu qu’à quelques mots : « Ben… J’ai essayé pour voir ». Si j’osais je poserais là une sentence fleurant bon les réseaux sociaux :

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait »

La réalité de la pêche !

Cette candeur dans notre approche de la pêche nous la perdons au fur et à mesure que notre expérience progresse, pour le meilleur…. et pour le pire. J’ai, au cours du mois d’août dernier, vécu une sortie tout à fait symptomatique de ce que les schémas peuvent engendrer.

Arrivé de bonne heure sur un spot que je sais receler régulièrement des perches je m’appliquais à gratter la zone en drop shot. On n’est jamais déçu avec le drop, si le poisson est actif ils rentrera facilement, s’il n’est pas actif… il rentrera quand même.

C’était farci de poisson fourrage et de temps en temps un gros remous perçait la surface. La pêche était plus que lente. J’avais l’intime conviction qu’elles étaient là mais je n’arrivais pas à les déclencher. Plus le temps passait et plus je m’interroger sur ces fameux remous. En désespoir de cause je balançais un sammy et subissait une grosse aspiration au bout de 3 lancés. Je fus tellement surpris que j’en oubliais de ferrer.

Le con. Deux heures que je vois chasser des perchons en surface, deux heures que je me persuade que ça n’en est pas. Deux heures que je gratte des boules de blancs pour rien. Qu’est ce qui ne va pas chez moi ?

J’étais la victime volontaire d’un schéma. J’appliquais la procédure à la lettre. Tel poste, à tel moment, avec telle technique. L’univers avait beau me dire « regarde, elles chassent, elles sont dans la couche supérieur, elles sont actives », je le lorgnai en retour d’un air désabusé et je lui répondais tranquillement « non, t’es con c’est des brèmes ».

J’ai probablement raté un coup du matin superbe en surface, tout juste sauvé par un éclair de lucidité ou plus certainement par mon échec à les faire réagir par ailleurs. Si j’avais eu le malheur de faire trois perches de 30 dans ce laps de temps j’aurais sans doute sortie une belle saucisse du genre « ah ouais c’était compliqué, mais quand même j’ai réussi à en faire réagir, heureusement que j’avais mes finesses deux pouces animé en shaking pour faire bouger ces poissons léthargiques ».

Ne me jugez pas, je vous avais bien dis que j’étais un pêcheur lambda.

On était ici au-delà du schéma de pêche classique. On versait dorénavant dans l’irrationnel. C’était devenu un schéma mental qui n’avait plus rien à voir avec la logique empirique qui m’avait amené à le définir.

J’ai cité cet exemple mais j’aurai pu en citer une demi-douzaine d’autres peut-être moins parlant.

En bref, rien n’est écrit !

Ces schémas mentaux (N.D.A : p’tain ça fait vraiment langage new age d’une secte quelconque, désolé pour ça) sont d’autant plus compliqués à dépasser qu’ils ont été longs à mettre en place et que leurs fondations sont solides.

Nos vies font que parfois nos sorties se réduisent à peau de chagrin, et qu’un souci d’efficacité fini par primer sur toute autre considération. Pas le temps de tester ou de découvrir de nouveaux lieux au risque de se tromper, il faut que le poisson rentre (mais quelle tristesse de finir par aborder la pêche comme ça). On s’appuie sur ce dont on est certain, on n’actualise plus ni nos spots ni nos compétences. Bref on régresse et ça finira par se ressentir. La sournoiserie de la chose est que cela se fait assez lentement et insidieusement pour qu’on ne s’en rende compte qu’avec un brin d’introspection et de remise en question.

Vous vous demandez si les brochets sont encore sur leur zone de fraie dans cette grande zone shallow qui ne vous a jamais rien rapporter et que vous évitez comme la peste depuis 5 ans ? Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir. La pêche est lente au shad ? C’est le moment de faire tourner la myriade de leurres durs qui trainent dans vos boîtes. La pêche ne sera peut-être pas meilleure mais en explorant, en vous diversifiant, vous, vous le deviendrai. J’ignore si me débarrasser de mes certitudes me fera prendre plus de poissons. Probablement pas. En revanche elle m’en fera prendre différemment et avec plus de plaisir.

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