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L’automne est une période charnière pour les poissons et pour la pêche. La météo devient imprévisible, avec plus de vent et davantage de pluie. La température de l’eau et de l’air baisse, entraînant de nombreux changements sous la surface.

Les carnassiers cherchent donc à s’adapter à ces évolutions et à anticiper l’hiver. Leur habitat change et, par conséquent, leur alimentation aussi.

À vous, pêcheurs, de comprendre et de vous adapter ; à nous de vous donner certaines clés pour réussir vos prochaines parties de pêche.

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Ce qui change entre septembre et novembre

La fin de l’été marque un tournant pour la faune et la flore. C’est le retour de la pluie, les températures baissent, le vent devient plus fort et plus fréquent, les feuilles des arbres tombent, l’eau se charge et les herbiers dépérissent.

Image qui met en avant le changement qui s'opère entre Septembre et novembre

Température & oxygénation : bascule progressive de la colonne d’eau

L’été, les eaux chaudes sont pauvres en oxygène. Cela met à mal de nombreux poissons, comme les brochets et les truites, qui souffrent de plus en plus avec le réchauffement climatique. L’automne est donc une période charnière, durant laquelle ces poissons peuvent reprendre leur souffle et nager dans des eaux peu profondes sans difficulté. Au printemps comme en automne, un turnover peut avoir lieu, entraînant avec lui de nombreux changements subaquatiques.

“Turnover” : signes à reconnaître & impacts sur l’activité

Le phénomène de turnover se produit lorsque l’eau chaude de surface atteint la même température que l’eau froide du fond. À ce moment, la thermocline disparaît et les eaux se mélangent. Les poissons ne cessent pas pour autant de s’alimenter, mais leur localisation devient plus compliquée.

Un sondeur peut vous être d’une grande aide à cette période de la saison. Si vous pêchez du bord, les Deeper sont des sondeurs qui fonctionnent avec votre téléphone portable. Il vous suffit de lancer la sonde et de consulter l’application pour en savoir plus. Vous pouvez également pêcher avec des leurres à profondeur de nage variable (comme un lipless, une lame vibrante ou un shad plombé) afin de localiser la profondeur où se trouvent les poissons actifs.

Déplacements des proies : densité des bancs, hauteurs d’eau typiques

Face à la diminution des herbiers, les petits poissons qui y trouvaient refuge se retrouvent à découvert, pour le plus grand bonheur des carnassiers. Ils sont aussi moins nombreux qu’au printemps, mais les survivants affichent de plus belles tailles !

Tant que l’eau ne descend pas sous 12 °C, les poissons blancs dont se nourrissent les carnassiers continuent de vivre relativement normalement et de s’alimenter. Lorsque l’eau devient plus froide, les poissons blancs se regroupent en bancs. On observe chaque année des rassemblements de brèmes ou d’ablettes dans lesquels sandres et brochets viennent chasser.

Dans certains fleuves et rivières, le débit augmente avec les dernières pluies. Les poissons cherchent alors des zones où la nourriture est abondante, sans avoir à dépenser trop d’énergie pour chasser. Les poissons blancs se réfugient dans les zones à faible courant, dans les amortis, où ils trouvent leur nourriture. Les carnassiers, eux, rôdent autour.

Le rôle du vent et des micro-courants

Le vent joue un rôle essentiel à l’automne dans l’activité des poissons. On pourrait penser que ce phénomène météorologique n’a que peu d’impact sous la surface. Cependant, il oxygène l’eau, brasse la surface, la débarrasse parfois des feuilles mortes et regroupe de petits poissons en créant des courants de surface.

Un lac avec du vent et des micro courants en automne

Rive au vent vs sous le vent : quand se placer et pourquoi ?

En créant des micro-courants de surface, le vent rassemble les petits poissons, qui se retrouvent souvent piégés le long des berges. C’est pourquoi nous vous conseillons toujours de pêcher la berge fouettée par le vent si vous ciblez le brochet. Ces regroupements sont parfaits pour les brochets opportunistes, qui n’ont qu’à ouvrir grand la gueule.

Pour autant, il n’est pas inutile de pêcher les berges abritées. Elles accueillent parfois des proies plus grosses et, par conséquent, des carnassiers de belle taille.

Orientation des vents d’automne : lecture rapide d’une carte

À l’automne, comme en toute autre saison, l’application Windy sera votre meilleure alliée pour choisir vos zones de pêche. Elle a la particularité de proposer une carte indiquant en direct l’orientation du vent et sa force. Vous ne choisirez plus vos spots de pêche au hasard ! Si l’envie vous prend de pêcher une berge fouettée par le vent au buster jerk, cette application météo vous aidera à repérer les meilleures zones.

Pour autant, une bonne application ne remplace pas la prospection de terrain. Passer du temps au bord de l’eau vous permettra de mieux connaître les berges et d’identifier les zones les plus propices selon la météo.

Dérives utiles (à pied, float, bateau)

Que vous pêchiez du bord, en float tube ou en bateau, le vent peut être votre meilleur allié comme votre pire ennemi. Il s’avère que les périodes venteuses sont très favorables à la pêche du brochet. En bateau, il permet de dériver sur les plateaux d’herbiers — à condition que l’orientation du vent vous fasse dériver dans le bon sens. En float tube, la situation est plus compliquée : si le vent est trop fort, vous risquez de vous retrouver en difficulté, sauf si vous êtes équipé d’un moteur électrique. Du bord, le vent peut influencer vos distances de lancer, aussi bien positivement que négativement.

Lumière, turbidité et choix des silhouettes

Avec la chute des feuilles et les pluies plus abondantes, l’eau se trouble et prend parfois une couleur proche de celle d’une tasse de thé. Le choix des coloris de vos leurres ne doit donc pas être fait au hasard !

Turbidité et choix du leurre

Contraste vs. flash : profil de leurre selon la visibilité

Si l’eau est trouble au point de ne pas voir vos palmes (si vous êtes en float tube), les leurres à fort contraste, flashy et bruiteurs sont de rigueur. Ils se distinguent facilement dans l’eau et sont ainsi plus faciles à localiser pour les carnassiers. En automne, il ne fait pas que pleuvoir : les rayons du soleil peuvent jouer en votre faveur si vous utilisez des leurres à palettes, comme un spinnerbait ou un Divinator.

Couleurs par type d’eau (claire, ambrée, chargée) & météo

Lorsque les eaux sont couleur “thé”, ambrées, on dit alors qu’elles sont acides, les coloris jaunes, oranges et rouges fonctionnent très bien. Avec la décomposition des feuilles, vous serez sûrement amené à rencontrer ce type d’eau. Le coloris Fire Tiger reste également un incontournable pour pêcher lorsque les eaux sont chargées.

Malgré la pluie, l’eau peut être encore claire. Ne négligez donc pas les coloris naturels, qui peuvent être efficaces. Le coloris Ayu reste incontournable, tout comme les coloris “gardon”, “perch” ou “ablette”, représentatifs des proies que l’on trouve en eau douce.

Taille/densité des leurres : quand monter ou descendre d’un cran ?

Choisir la taille de son leurre est une question que bon nombre de pêcheurs se posent. Certains penseront que pêcher gros permet systématiquement de cibler de gros poissons, tandis que d’autres estiment que les petits leurres permettent de capturer davantage de poissons. Quoi qu’il en soit, à l’automne, ne pêchez pas trop petit ! Les carnassiers cherchent à accumuler des réserves pour survivre au froid qui arrive et à la prochaine phase de reproduction. Vous pourrez donc facilement pêcher avec des leurres de taille adaptée, en tenant compte du biotope et des proies disponibles.

Lire ses échos : 2D, side & “forward-facing”

Le sondeur n’est pas la solution à tout, mais il peut vous aider à localiser les poissons et les obstacles. Aujourd’hui, nous bénéficions de différentes technologies pour visualiser ce qui se passe sous le bateau, devant, derrière ou sur les côtés. Ainsi, le sondeur devient un excellent outil de prospection.

Repérer proies compactes vs dispersées (exemples d’écrans)

En automne, on peut commencer à observer les premiers rassemblements de poissons blancs. Parfois difficiles à visualiser depuis la surface, le sondeur constitue un bon moyen de localiser le fourrage. Avec un peu de chance, vous pourrez observer les carnassiers postés autour, prêts à chasser.

Suivre un banc mobile sans le “casser” : angles & distances

Localiser le banc est une chose mais ne pas le faire fuir en est une autre. Si vous semez la pagaille dans le fourrage, il y a de grande chance pour que les carnassiers autour ferme la gueule. Approchez vous donc doucement de la zone. Restez à distance de lancer et faites en sorte de caler le bateau de manière à ce qu’il ne dérive pas en direction des poissons. 

Réglages d’automne : portée, gain, gestion du bruit

En automne les eaux peuvent être plus chargées qu’en été. Avec les fortes pluies, l’eau se charge en sédiment et en feuille, il vous faudra régler votre sondeur de manière à ce qu’il fasse abstraction de ces éléments et qu’il se concentre sur ce qui nous intéresse : les obstacles (herbiers, bois morts, substrats) et les poissons. Nous vous conseillons donc de diminuer la sensibilité du sondeur et d’augmenter le contraste de l’image pour ne pas perdre trop d’informations. En live, diminuez la portée de votre sonde et ciblez des poissons plus proches pour lancer dans le cône avec précision !

Micro-stratégies par espèce (approche comportementale)

Votre technique devra être adaptée à l’espèce que vous recherchez et son menu de prédilection. Perche, sandre et brochet sont des carnassiers mais ils ne se focalisent pas toujours sur les mêmes proies.

Brochet : plateaux battus par le vent, bordures au soleil, big-baits lents

Le brochet est un excellent poisson à pêcher lorsqu’il y a du vent. En effet, les leurres utilisés pour ce carnassier sont de taille conséquente et peuvent donc être lancés facilement malgré le vent. De plus, l’expérience de nombreux pêcheurs a montré que le brochet apprécie les périodes venteuses pour se nourrir. Cela peut s’expliquer par le bruit généré par le vent sous la surface et par les micro-courants qui rassemblent et perturbent les petits poissons.

Privilégiez donc la berge fouettée par le vent et choisissez des leurres bruiteurs. Le Buster Jerk est un incontournable pour cette pêche. Vous pouvez également utiliser des jerk minnows afin de cibler aussi bien les brochets que les perches. Les swimbaits, ramenés lentement le long des structures, peuvent aussi être une bonne option pour les plus gros sujets.

Retrouvez plus en détail les techniques pour pêcher le brochet en automne dans cet article.

Sandre : transitions dures, crêtes, fenêtres d’activité courtes

Le sandre est un carnassier qui a tendance à fuir la lumière, mais celle-ci lui est nécessaire pour chasser. Il cherche donc la lumière pour se nourrir tout en l’évitant autant que possible. En début de journée, vous trouverez les sandres sur les hauts fonds et les crêtes. Plus la lumière s’intensifie, plus ils descendent en profondeur pour continuer de chasser. Vous devrez donc adapter votre technique pour suivre leurs déplacements.

Dans un premier temps, les poissons nageurs de type longbill, comme le Squirrel 76 SP de chez Illex, seront parfaits pour cibler les sandres qui chassent dans peu d’eau. Ensuite, un leurre souple de type shad, monté sur une tête plombée légère, vous permettra de pêcher en linéaire, de suivre les différentes profondeurs et de localiser les poissons.

Lorsque la lumière est à son maximum, les sandres peuvent se situer à 3 m comme à plus de 10 m. La turbidité de l’eau influence grandement cela. Dans ce cas, un sondeur peut vous aider à localiser la bonne profondeur, et vous pourrez ensuite pêcher en verticale.

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter notre article sur Comment pêcher le sandre en automne ?

Perche : boules de fourrage mobiles, micro-jigs & métal par rafales

Ce petit carnassier possède un régime alimentaire varié. À cette saison, les petits poissons constituent des proies faciles, tout comme les écrevisses qui muent. À l’approche de l’hiver, elles ne sont jamais loin de leur garde-manger. C’est aussi un poisson assez opportuniste. Observez votre environnement, prenez note des proies que vous repérez et adaptez votre leurre au menu du jour. Ne pêchez pas trop petit ! Faites en sorte que la perche se déplace pour une proie qui en vaut la peine. Pour prospecter rapidement tout en imitant une écrevisse, utilisez un crankbait de type squarebill comme le Bassbite Squarebill de chez Westin et optez pour une récupération en taping bottom pour lever les sédiments comme pourrait le faire une écrevisse.

Pour en savoir plus, la lecture de notre article Comment pêcher la perche en automne ? s’impose.

Check-list d’automne (efficacité + sécurité)

Cette période de l’année est riche en phénomènes météorologiques intenses : fortes pluies, vents et orages sont monnaie courante. Comme nous l’avons vu, une météo changeante influence grandement le biotope et ses habitants. Les maîtres mots sont donc : adaptabilité et observation.

checklist d'automne pour la pêche

Avant la sortie : météo/pression, repérage des zones exposées

Avant de mettre un pied au bord de l’eau, consultez la météo sur une plateforme fiable et précise. Oubliez donc l’application météo de base de votre smartphone et choisissez un outil performant indiquant la météo en temps réel, la force et l’orientation du vent, avec des prévisions heure par heure ou toutes les trois heures, et idéalement la pression atmosphérique.

Les orages ont toujours été appréciés des pêcheurs, bien qu’ils puissent être très dangereux. Nous ne le répéterons jamais assez : ne pêchez pas sous l’orage. On sait également aujourd’hui que la pression atmosphérique influence l’activité des poissons, en particulier les chutes de pression après l’orage. Un conseil : attendez que l’orage passe à l’abri, puis filez à la pêche.

Sur l’eau : rythme d’exploration, rotation d’angles & vitesses

Ne restez pas trois heures sur le même poste, mais prenez le temps de l’explorer correctement. Pêchez les différentes couches d’eau, testez jusqu’à trois leurres différents au maximum et changez de zone. Le but est d’enregistrer un maximum d’informations. Prenez en compte les touches, l’absence de touche et les suivis éventuels. Variez la vitesse et le rythme de récupération de votre leurre. Pour les poissons suiveurs, une pause suivie d’une accélération peut aider à déclencher une attaque en simulant une fuite.

Après : prise de notes pour reproduire le pattern

On se souvient tous de nos plus belles journées de pêche. Cependant, ce ne sont pas forcément celles qui nous apprennent le plus. Les échecs font partie de l’apprentissage, et il faut s’en rappeler. Pour cela, nous vous conseillons de tenir un carnet de captures, qui recense vos prises mais aussi vos bredouilles, en notant la météo, la température de l’eau, la pression atmosphérique, le spot que vous avez pêché, le leurre utilisé, sans oublier vos observations spontanées.