La pêche est une activité que je pratique depuis toujours. La pêche aux leurres, en particulier, occupent mes journées, mes weekends et mon esprit depuis plus de 10 ans.

Des histoires de pêche, j’en ai beaucoup à raconter. Des joyeuses, des pénibles, mais certaines journées de pêche du brochet sont pour moi inoubliables.

Chaque saison apporte son lot de souvenirs, de beaux poissons, de belles journées ensoleillées avec les copains mais aussi de monumentales capots (alias doudoune).
A ce jour, ma plus belle journée se résume par 116cm, 10kg à 21h50.

Une saison de pêche qui ne démarre pas comme prévu

Les plus belles journées de pêche sont souvent inattendues. Tout comme les soirées entre copains, celles qui ne sont pas prévues sont souvent les meilleures. Elles réservent leur lot de surprises, de joies et de stress.
Comme nos meilleures soirées, mon plus beau moment de pêche est la rencontre avec mon plus gros brochet : 116 cm de bonheur, aux alentours de 10kg de mucus et d’écailles. Un vrai gros brochet qui se sera fait désirer tout au long de la saison et de cette fameuse journée.

Tout commence début mai, nous décidons avec Cyril d’aller faire un tour sur le lac d’Hourtin. Habituellement, nous partons dans l’optique de sortir un vrai gros quitte à finir doudoune. Cette fois-ci, c’est différent. Après avoir eu vent que les nombreux herbiers du lac avaient disparu, nous partons peu sereins mais dans l’objectif de retrouver quelques zones poissonneuses pour le reste de la saison. Les quelques heures de route qui nous séparent de cette grande flaque sont longues, très longues. Nous parlerons peu sur ce trajet, nous savons que la pêche sur ce lac a changé et que rien ne sera comme avant.

lac d'hourtin
crédit photo : Peche33

Une fois arrivés à Hourtin, le Dory mis à l’eau, nous partons vers des postes connus pour l’abondance d’herbiers. Stupéfaction, toutes les élodées sont en train de pourrir sur le fond. Cette herbe qu’on croyait si coriace se décompose sur de très grandes étendues d’eau. De nombreuses questions nous traversent l’esprit : pollution ? photosynthèse insuffisante ? cycle de vie ?
Nous ne le saurons jamais.

L’amour du lac d’Hourtin plus fort que tout

De nature tenaces, nous retournons à Hourtin plusieurs mois plus tard. Non sans aprioris, mais remplis d’espoir sur une éventuelle repousse des herbiers. C’est parti pour 3 semaines de pêche intensive pour réapprendre le fonctionnement de cette grande étendue d’eau et de ses occupants.


Nous passerons plusieurs jours à lancer, ramener, prospecter ce lac qui nous était devenu étranger. Durant ces 3 semaines, nos soirées seront rythmées par les nombreuses questions et hypothèses qui deviendront nos plans d’attaque les jours suivants.
Les poissons sont difficiles à localiser et encore plus à décider. Tous nos leurres auront eu leur chance face à ces brochets boudeurs.

On finira même par retourner le stock Leurre de la Pêche ! Petits leurres souples, gros leurres souples, shads, grubs, swimbaits, spintails, spinnerbaits… tout y passe et rien ne se démarque. Nous croiserons le chemin de quelques petits brochets mais la solution est loin d’être trouvée. Chaque fin d’après midi, nous passerons des heures à fouiller dans le stock afin de dénicher LE leurre qui saura faire la différence.


Nous comprenons rapidement que la clef n’est pas le leurre mais la zone. Où sont les poissons ?! Mangent-ils ? Sont-ils en pélagiques dans des profondeurs non pêchées habituellement ? Ont-ils disparu avec les herbiers ? Nous devons trouver les poissons blancs et les carnassiers suivront.
Il faut revenir aux classiques et chercher, chercher, pêcher, pêcher, pêcher…

Une photo floue pour un souvenir à jamais graver

La stratégie de pêche est trouvée

Après des heures de pêche et de prospection, nous nous décidons à revenir sur une zone qui n’a jamais abrité beaucoup d’herbiers. Sait-on jamais ! Peut-être que la répartition des élodées et autres herbes a changé.


La journée passe… Une matinée peu concluante, un début d’après midi autour du barbecue à réfléchir et nous nous décidons à persister sur cette zone. Lorsque nous arrivons sur le poste, les échosondeurs parlent. Quelques herbiers, moins qu’avant, mais une grande concentration de poissons. On parvient même à observer des comportements de chasse à force de rester sur zone.

“Ils sont là, il ne faut rien lâcher.”


Nous commençons à pêcher en dérive du Nord Ouest vers le Sud Est à l’aide d’une ancre flottante pour maîtriser la vitesse et la force du vent.


C’est à ce moment-là que dans ma tête, tout est devenu clair. Les brochets sont en chasse, il faut que mon leurre soit repéré au milieu du fourrage. J’ai alors monté un Divinator 55g sur ma St Croix Mojo Bass Jig Bait. Vous allez dire que la canne n’est pas vraiment adaptée. C’est le cas. On va dire que ça passe mais ce n’est pas l’idéal.

leurre souple divinator


Me voilà partie à lancer puis ramener en grandes tractions mon Divinator dans le but de faire fuir le fourrage lors de son passage. La première touche n’a pas traîné. Je ramène un joli brochet de 85cm au bateau et la joie commence à m’envahir en touchant l’espoir d’avoir trouvé une solution. Cyril prend espoir également dans la théorie et monte lui aussi un Divinator 55g. En reproduisant mon animation, il déclenche également 2 très jolis brochets.

Le calme avant la tempête

Un moment de calme se fait ressentir mais on garde espoir et continue de pêcher jusqu’à la dernière heure. Il est 21h30, la lumière se fait de plus en plus faible et les minutes sont comptées.


En haut d’une traction, une touche timide se fait ressentir, je ferre. C’est lourd et puissant. Cyril comprend tout de suite qu’on a affaire à une grosse bête. Une fois arrivé au bateau, le combat ne fait que commencer. Je hurle à Cyril de lever l’ancre. Lui qui avait préparé l’épuisette, la pose sur ses cannes et tente de lever l’ancre sans la vider. Mauvaise idée, le bateau est rempli d’eau et le sol est glissant. Le brochet est à la surface, il est énorme.

brochet dans une épuisette


Il est métré. C’est sûr, c’est mon record. Cyril prend l’épuisette mais le filet se prend dans ses cannes. C’est la panique. Je hurle à Cyril de l’attraper à la main (mauvaise idée) pendant qu’il s’attèle à démêler l’épuisette des hameçons.
Dans un calme olympien, il parvient à se défaire et épuise le monstre. Les nerfs lâchent… “Mais t’arriveras pas à le porter !” ont été les premiers mots de Cyril une fois le brochet sécurisé.

brochet pêché


Toute tremblante, je n’en revenais pas. On passe à la mesure et le brochet que je pensais métré fait en réalité 116cm. Gras comme une loche (comme on dit chez moi), il avoisine les 10kg.


Il est dix heures moins 10, j’ai explosé mon record. Je ne réalise pas encore mais c’est le plus gros brochet que nous n’ayons jamais vu. S’ensuit une séance photo compliquée à cause du soleil qui se couche et un brochet bien trop lourd pour mes petits bras.
Nous le remettons à l’eau rapidement afin de regagner le port avant la nuit. Nous serons accueillis par un concert sur le port reprenant le titre très connu One of Us du groupe ABBA qui restera dans ma mémoire longtemps.


Mon Divinator est dans un état pitoyable, les photos sont floues mais ce n’est pas grave, j’ai des étoiles plein les yeux. J’en recommanderai un, celui-ci restera un souvenir de la puissance de ce carnassier.