Les nouvelles ne sont pas bonnes. La plupart de ceux qui reviennent d’Espagne parlent de journée monotouche sur le bass. Le genre de discours qui t’arrache une mauvaise moue devant ton écran alors que tu es à la veille de te rendre dans le sud de la péninsule ibérique.

Du coup, j’essaye de tempérer les attentes de mes deux compères qui passent un peu moins de temps que moi sur les forums et sont bouillants pour cette pêche au carnassier. Il faut dire que l’année d’avant, c’était vraiment bien. Ils ont du coup du mal à saisir l’ampleur de la tâche qui nous attend.

Pourtant cela fait une paire de semaines que je place mes billes à base de « vous savez les gars, faudrait voir à amener un stock de shads… Le bass est dur en ce moment mais le sandre est en pleine explosion démographique ! ».

Je sens bien que je joue le pisse froid de service et que l’idée de remplacer les spooks par des easy shiner les emballe moyen, voire pas du tout. On peut les comprendre.


Bon grés mal grés on fini par investir dans quelques sachets de super fluke, Canethumper et autres D’Fin en plus de la douzaine de paquets de senko. Oui, 12 paquets de senko… C’est ce qu’il nous avait fallu en 2018 pour ne pas tomber à sec. Nous avons même dû les user jusqu’à la moelle (ce qui arrive bien trop rapidement avec les senko…).

Sans vouloir tuer le suspens, un demi sachet à trois nous aurait suffit pour 2019. Le bon côté des choses c’est que, à ce rythme là, on en a assez pour les 10 prochaines années.

Bref à ce moment là on en avait encore aucune idée. Enfin si, un peu en ce qui me concerne. Même si l’aveuglement sélectif bien connu des pêcheurs me faisait espérer que les journées à une touche en Espagne c’était bon pour les autres.

Prenons la route pour l’Espagne !

On avale finalement les 10 heures de route en se ménageant un stop dans une station un poil glauque histoire de dormir un brin et d’arriver frais et dispo pour un coup du soir. On galère pour trouver une station de lavage susceptible de nous délivrer une facture, ou même un simple reçu de carte bancaire pour prouver à la Guardia qu’on à bien désinfecter le bateau.

Wake fera parler son sens du relationnel et parviendra à se faire délivrer un papier manuscrit par la caissière d’une station service. Le tout sans parler un traître mot d’espagnol. Du grand art !

Après l’arrêt usuel au barrage de Cijara, du haut duquel on apercevra une paire de petits bass, la mise à l’eau tant désirée se dessine enfin. Cependant quelque chose cloche et l’excitation laisse place à de l’étonnement ainsi qu’à, il faut bien le dire, une pointe de déception.

On hallucine, une quarantaine de remorques attendent patiemment le retour de leurs propriétaires dont on devine sans problème l’activité.

On est loin d’être des habitués de l’Espagne, mais c’est bien la première fois qu’on voit une telle affluence et pour nous ça ne peut vouloir dire qu’une seule chose : ça préfish en vue d’une compétition prochaine. Et merde…

Place à la pêche, les black bass n’ont qu’à bien se tenir

On a fait notre possible pour éviter la Sibass, la Nitro, la Lucio, mais celle-ci on ne l’avait pas vu venir. Pas grave, le lac est immense et les bass innombrables…

D’ailleurs il suffit d’une quinzaine de minutes seulement à Wake pour claquer un 52. Ok, on est toujours en Espagne, il y a toujours des bass, ils mangent toujours des Senko, la vie est belle !
Le prochain bass on ne le verra que 48 heures plus tard, mais n’ayant pas de dons de divinations on profite du moment en toute naïveté.

Joli black bass de 52
Joli black bass de 52

DJ claque un sandre honnête en verticalisant au pif histoire de valider le fait que oui, maintenant y’a du sandre un peu partout sur les lacs de la Guadiana. S’en suit une cognée que je prends au jerk suivi d’un ferrage dans le vide. Ce sera à peu près tout pour ce coup du soir et c’est déjà pas mal.

On s’en va retrouver notre hôte, Jose Luis (difficile de faire plus Espagnol que ça…), autour d’une cerveza. Dieu merci Jose parle l’anglais très honnêtement. Disons aussi honnêtement que nous. Il nous apprend qu’une compétition aura lieu dans une semaine et que la pression de pêche est intense depuis près d’un mois. Il nous révèle aussi que la pêche est dure, très dure.

Un à quatre poissons dans le meilleurs des cas, par jour et par bateau. Il est très difficile d’envisager un quota. Les bass sont apathiques et très sollicités. Le printemps à été particulièrement froid et les black bass sont sortis de frais particulièrement tard.

A ce moment-là, on commence à prendre conscience qu’on va galérer. Intérieurement je prie pour que mes comparses ne fassent pas une fixette sur le bass et se montrent assez disposés à traîner tristement des shads dans 8 mètres de flotte. J’avoue, dit comme ça, ça ne fait pas rêver.

Alors qu’on se demandait encore s’il valait mieux faire le coup du matin en topwater ou au jerk, Jose balaie tous nos espoirs en nous portant l’estocade. Les black bass ont la fâcheuse manie en ce moment de ramasser des trucs mous et immobiles. On est loin des jerkbaits et du topwater
Pas grave, pêcher en do nothing on sait faire, on nous la fait pas. Il lui semble alors judicieux de préciser : « Immobile certes mais pendant un certain temps. Disons 3 à 4 minutes, parfois plus. »

Ah.

C’est beaucoup trop de finesse pour nous, et mes compères commencent à se dire doucement que finalement le sandre c’est pas si nul.

Une journée de pêche à la dérive avant LA dérive.

Après une journée cataclysmique au bass (zéro touche à trois pêcheurs j’imagine qu’on peut considérer que c’est cataclysmique), on finit par switcher sur le sandre. Et la lumière fut.
Avec une dizaine de poissons sur une dérive qu’on a commencé au pif sur une pointe pour la terminer en fond de baie on a rapidement acquis la conviction que les shads allaient remplacer les senkos pour le reste de la semaine. Ce qui, dans les grandes lignes, s’est vérifié.

Les nouveaux habitants des lacs espagnols, les sandres.
Les nouveaux habitants des lacs espagnols, les sandres.

Un coup de vent et puis s’en va.

Un coup de vent et deux poissons de 48 coup sur coup au worm à 50m de la mise à l’eau, suivi de la traversée du désert qui nous montrent, d’une part que les bass sont toujours là, d’autre part qu’ils n’ont pas du tout l’intention de nous rendre les choses faciles.

N’ayant pas rendu totalement les armes sur le bass, on décide de se lever aux aurores et de faire un gros coup du matin aux leurres durs en déroulant de la berge comme des teubés. Troisième lancé, je me fais intercepter mon B-Switcher 2.0 (je cite juste le nom du leurre pour vous montrer que je roule sur l’or) au milieu des herbiers. Enfin un bass, au bout de 3 jours il était temps. Ah ben merde c’est un sandre.
On fera au final un coup du matin amusant au crank. Mais sur les sandres.

Gros sandre, gros black bass, un comizo… Une carpe !

Lors de ce dernier jour, on décide de poser les cerveaux. En vrai, pour nous c’est facile. Les bass ne veulent rien savoir ? Ils veulent de la finesse à l’extrême ? On prend le contre pied et on balance du rubber-jig en 14gr toute la matinée. Contre toute attente, on a cartonné ! C’est souvent ce qu’il se passe non dans les reports ? On galère et puis on décide de pêcher différemment et PAF, on cartonne. Heureusement qu’on est des bons et qu’on avait le leurre ad-hoc dans nos boîtes…

Non, en vrai on s’est ramassé et on a basculé misérablement sur le sandre pour l’après-midi. Au final même eux finiront par nous bouder avec des touches bien courtes et quelques décroches. En fin d’après-midi le carreau nous guette mais c’était sans compter sur une ultime aspiration dans un chaos rocheux.

« C’est le sandre de la semaine les gars ! »
« Ouh non, ça sent le métré ! »
« Ah non c’est un comizo »
« … Non, c’est une carpe »

1 poisson pour toute la journée. 1 carpe. L’Estremadure nous fait gentiment comprendre qu’il faut qu’on déjoute. Aller rideau, on remballe et on rentre à la maison.

Mélange de black bass, de brochet, de sandre, de comizo... La carpe d'Estrémadure
Mélange de black bass, de brochet, de sandre, de comizo… La carpe d’Estrémadure


Et la technique dans tout ça ?

En termes de « technique » (je mets des guillemets parce-que la « technique » et nous, entretenons que des rapports cordiaux mais platoniques) et de patterns on a pu constater lors de cette semaine la prédominance des pointes pour les beaux (65+) poissons et les fonds de baies pour les rafales de riquettes.

Les aspirations, parfois timides, et une pêche se durcissant au fur et à mesure de la semaine avec l’installation de hautes pressions, se satisfaisaient assez bien de gommes souples et de leurres de 3 et 4’’.
En journée, les combo tête flashy corps naturel paraissaient au-dessus, mais aux extrémités du jour les têtes naturelles et les corps flashy provoquaient de meilleures aspirations.

Je sais, c’est affligeant de banalité.

Alors le sandre, bonne ou mauvaise chose pour l’Estremadure ?

Question à 1 000 points. La plupart des pêcheurs espagnols ont déjà la réponse j’imagine. Personnellement je ne me risquerai pas à un quelconque pronostic, n’ayant aucune compétence scientifique et ne pratiquant la pêche en Espagne que rarement même si évidemment ce changement m’inquiète, comme beaucoup.

En revanche je peux témoigner de ce que j’ai vu. Une population de sandre en pleine explosion démographique, des HLM d’alevins de sandres et des ablettes aux abonnées absentes. Quant aux bass, ils ne voulaient rien savoir cette semaine là.
Voilà pour moi.

Vous pourriez aimer lire :

Où pêcher les plus gros brochets ?